Un tableau à trous
En 1869, le chimiste russe Dmitri Mendeleïev a rangé chaque ÉLÉMENT chimique connu dans l'ordre du poids de ses atomes, en les groupant pour que les éléments qui se comportent de la même façon tombent dans la même colonne. Le motif était si net que là où il ne collait pas, il a laissé des trous, en prédisant que des éléments encore inconnus viendraient les remplir. Quand le gallium a été découvert en 1875 par le Français Paul-Émile Lecoq de Boisbaudran, qui l'a nommé d'après la Gaule, puis le germanium en 1886, leurs propriétés correspondaient de près à ses prédictions, et les chimistes ont été convaincus.
On connaît aujourd'hui 118 éléments. Les quatre plus récents ont été baptisés en 2016 : le nihonium, d'après le Japon ; le moscovium, d'après Moscou ; le tennesse, d'après l'État américain du Tennessee ; et l'oganesson, d'après un savant russe. Une Française, Marguerite Perey, avait découvert en 1939 le francium, nommé d'après son pays.
Des noms et des symboles
Les éléments portent des noms de toutes sortes : dieux, planètes, couleurs, savants et lieux. Une seule carrière près du village d'Ytterby, non loin de Stockholm, en Suède, a donné son nom à quatre d'entre eux, l'yttrium, l'ytterbium, le terbium et l'erbium. L'HÉLIUM tient son nom du mot grec désignant le Soleil, car le Français Jules Janssen et l'Anglais Norman Lockyer l'ont repéré dans la lumière du Soleil, à l'occasion d'une éclipse en 1868, près de trente ans avant qu'on le trouve sur Terre. L'AZOTE, que les anglophones appellent nitrogen, a été baptisé par Lavoisier d'un mot grec qui veut dire « privé de vie », car les animaux y étouffent, et le PLATINE vient de l'espagnol platina, « petit argent ».
Chaque élément a un SYMBOLE d'une ou deux lettres, et certains viennent de vieux noms latins. C'est pourquoi l'or s'écrit Au, de aurum ; l'ARGENT Ag, de argentum ; le FER Fe, de ferrum ; le SODIUM Na, de natrium ; et le POTASSIUM K, de kalium. Le plomb s'écrit Pb, de plumbum, le mot qui a aussi donné plombier, car les tuyaux étaient autrefois en plomb, et le CUIVRE doit son nom latin, cuprum, à l'île de Chypre, d'où l'on tirait ce métal.
Des éléments sauvages, en nous et fabriqués
Tout à gauche se trouvent les métaux les plus RÉACTIFS. Le LITHIUM, le sodium et le potassium réagissent si vivement qu'on les conserve dans l'huile ; jetés dans l'eau, ils filent en pétillant à la surface, et le potassium s'embrase en flammes lilas. Tout à droite se trouvent les gaz nobles, comme l'hélium, le NÉON et l'ARGON, qui ne réagissent presque avec rien. Le néon brille en rouge orangé quand l'électricité le traverse, et les premières enseignes au néon se sont allumées en 1910 au Grand Palais, à Paris, grâce au Français Georges Claude. Les métaux brûlés dans les feux d'artifice donnent leurs propres couleurs, comme l'explique notre page sur les fêtes, et le MERCURE est le seul métal liquide à température ambiante.
Quelques éléments seulement composent presque tout un corps vivant : l'OXYGÈNE, le CARBONE, l'HYDROGÈNE et l'azote, avec le CALCIUM dans les os et les dents, et de petites quantités vitales de fer dans le sang, de MAGNÉSIUM, de ZINC, de cuivre et de SOUFRE. L'air que vous respirez est surtout de l'azote, environ 78 pour cent, avec environ 21 pour cent d'oxygène et près d'un pour cent d'argon. Notre page sur la chimie explique comment ces atomes s'assemblent.
Environ quatre-vingt-dix éléments existent naturellement sur Terre, et presque tous les autres ont été fabriqués par des scientifiques, dans des accélérateurs de particules ou des réacteurs nucléaires. Le premier élément artificiel, le technétium, a été produit en 1937, et son nom vient du grec « artificiel ». Les plus lourds sont si instables qu'ils n'existent qu'une infime fraction de seconde avant de se désintégrer.